Hommage ce dimanche 3 décembre dans le Jardin du PHARO :Gaston Crémieux (1836-1871) Un révolutionnaire Marseillais

Né à Nîmes, Gaston Crémieux fut porté à la tête du mouvement insurrectionnel qui se déroula dans la cité phocéenne à partir du 23 mars, peu après le déclenchement de la Commune de Paris. Il a été fusillé à Marseille, à l’âge de 35 ans

 Quand Gaston Crémieux fut fusillé à Marseille, au Pharo, le 30 novembre 1871, il avait trente-cinq ans. Il était né le 22 juin 1836, à Nîmes, dans une famille israélite, très modeste, de marchands de tissu. Ses parents n’auraient pu lui faire poursuivre des études, mais un oncle plus fortuné lui permit d’aller jusqu’au baccalauréat en 1853, puis de faire des études de droit à Paris et Aix. Inscrit au barreau de Nîmes en 1857, Gaston Crémieux plaide peu, mais tente de s’affirmer dans la vie littéraire et fonde, la même année, avec quelques amis, un hebdomadaire discrètement frondeur, l’Avenir.

Le journal succombe dès 1858, quand le régime se durcit, après l’attentat d’Orsini contre l’empereur. Dans ses articles comme dans ses premières œuvres, le jeune homme révèle un goût classique, un ardent patriotisme, une sympathie pour les martyrs, les rebelles, les victimes de l’histoire. Nîmes ne lui semblait pas sans doute un champ à sa mesure. Il s’installe à Marseille en 1862 et se marie en 1864 à une très jeune fille, Noémi Molina, dont il aura trois enfants. À Marseille, grand port et ville bouleversée par les grands travaux du second Empire, la fermentation sociale et politique est grande dans les années 1860. La 1re Internationale s’y implantera. Les élections de 1869 qui voient la victoire de Gambetta sont un grand moment.

Gaston Crémieux s’insère avec ardeur dans le monde associatif local, la franc-maçonnerie (la loge la Réunion des amis choisis, puis la Réforme, plus radicale), la Ligue de l’enseignement nouvellement créée. Il enseigne la morale dans des cours du soir et commence à écrire un drame, le 9 Thermidor ou la mort de Robespierre. Avec deux militants républicains, Delpech et Rouvier, il fonde l’Égalité, le plus radical des journaux marseillais, qui paraît à partir de mai 1870. Mais sa première tentative électorale pour le conseil général, à La Ciotat, est un échec.

C’est la guerre franco-allemande de 1870-1871 qui place vraiment Gaston Crémieux sur le devant de la scène à Marseille et l’oriente vers une voie révolutionnaire. À l’annonce des premières défaites, il est de ceux qui occupent la mairie pour demander des armes, ce qui lui vaut un bref emprisonnement. Dans la vie politique plutôt chaotique de Marseille après le 4 septembre, il se signale par sa fièvre patriotique. Son modèle, assurément, c’est celui des révolutionnaires de 1792 à l’époque de la « Patrie en danger ». Il s’emploie au service de la Ligue du Midi, initiative des républicains avancés qui se proposaient de centraliser l’action en faveur de la défense dans tout le Sud-Est en affichant des tendances fédéralistes. La Ligue du Midi, désavouée par Gambetta, n’aboutira pas. L’armistice du 28 janvier 1871 déçoit tous ceux qui voulaient continuer la lutte. Les élections à l’Assemblée nationale le 8 février consacrent le triomphe des modérés et des royalistes, mais pas à Marseille, ni à Paris. Gaston Crémieux se rend à Bordeaux, où se réunit l’Assemblée, comme correspondant de son journal l’Égalité. Le 13 février, Garibaldi, héros de l’unité italienne, qui a combattu du côté de la France en 1870, élu à l’Assemblée mais inéligible, vient y donner sa démission. La droite l’accueille de façon hostile. Le public des tribunes de l’Assemblée s’indigne. Dans une certaine confusion, on entend les mots : « Députés ruraux, écoutez Garibaldi », ou encore à « Majorité rurale, honte de la France ». On attribuera cette dernière interpellation à G. Crémieux, qui d’ailleurs reprendra ces termes à plusieurs reprises dans l’Égalité. Dans le langage républicain, « rural » était alors synonyme de réactionnaire. Rentré à Marseille, G. Crémieux radicalise son discours, intervient de plus en plus souvent dans les réunions publiques. Aussi est-il naturellement porté à la tête du mouvement insurrectionnel qui se déroule dans la cité phocéenne à partir du 23 mars, peu après le déclenchement de la Commune de Paris. Le 22 mars, à la salle de l’Eldorado, il fait promettre aux assistants de défendre Paris par tous les moyens possibles. Le 23, une manifestation prend possession de la préfecture, installe une commission départementale dont Crémieux est le président. Mais ce mouvement n’est pas soutenu par tous les républicains, ni par la municipalité. Crémieux doit aussi compter avec la présence de trois délégués de la Commune de Paris arrivés le 27 mars. Il est évincé de la présidence de la commission alors que la Commune de Marseille est proclamée le 31 mars et que des élections municipales sont décidées pour le 5 avril. Le gouvernement de Versailles et le chef local des forces armées, le général Espivent de La Villeboisnet, réfugié à Aubagne, ont choisi la force. Le 4 avril, c’est l’affrontement, coûteux en vies humaines. La préfecture est bombardée, les communards sont faits prisonniers. G. Crémieux, déconcerté, tente sans conviction de fuir. Il est arrêté le soir du 7 avril et sera comme ses collègues incarcéré au fort Saint-Nicolas, puis au château d’If. Le 28 juin 1871, un conseil de guerre le condamne à mort ainsi que deux autres communards, Étienne et Pélissier. C’est la stupéfaction. Désormais, le seul recours possible est la grâce. Beaucoup y croient et Crémieux aussi, sans doute. Sa personnalité entraîne la sympathie, il a plutôt cherché à éviter le conflit, son cousin Adolphe Crémieux, ancien ministre de la Justice, intervient en sa faveur. Mais la commission des grâces de l’Assemblée, qui gracie les deux autres condamnés, est impitoyable pour Crémieux et Thiers, chef de l’État, laisse faire. Ce jeune bourgeois, comme Rossel, a trahi sa classe ; son hostilité déclarée à la « majorité rurale » a sans doute joué en sa défaveur. Dans sa cellule, G. Crémieux n’a pas eu le temps de finir son drame, la Mort de Robespierre. Le 30 novembre, il fait face courageusement au peloton d’exécution. Il n’aura pas non plus le temps d’achever son dernier cri : « Vive la République ! »

 

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