Pour la hausse du Smic : cinq arguments

Dans le cadre de la niche parlementaire, le groupe communiste à l’Assemblée, par la voix d’Hubert Wulfranc, a avancé une proposition de loi pour l’augmentation du Smic. Extraits.

La rémunération de l’immense majorité de celles et de ceux qui vivent de leur force de travail est en berne. Elle ne leur permet plus de vivre décemment, sous le double effet de la stagnation des salaires, depuis la crise de 2008, et de la captation de la richesse produite par le travail par un petit nombre, notamment par les actionnaires, dont les dividendes atteignent 57 milliards d’euros en 2018. Ce transfert de la valeur ajoutée du travail vers le capital détruit notre pacte social. (…)

Je voudrais rappeler rapidement plusieurs éléments essentiels qui démontreront le bien-fondé d’une augmentation urgente et progressive du Smic et des salaires en général, à l’opposé de la glaciation sociale que vous imposez et qui fait claquer des dents un nombre croissant de Français. (…)

Premièrement : Augmenter le Smic, c’est augmenter le salaire minimum, c’est-à-dire aller vers un salaire décent permettant de faire face aux aléas de la vie quotidienne.

Combien faut-il, aujourd’hui, en France, pour vivre décemment ? L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale estime que le salaire décent pour une personne seule active logée dans le parc social s’élève 1 454 euros, et à 1 572 euros lorsqu’elle est logée dans le parc privé.

Le panier moyen se décompose ainsi : 620 euros environ pour le logement, 300 euros pour le transport, 220 euros pour l’alimentation, 150 euros pour la vie sociale, 110 euros pour l’équipement, 70 euros pour l’habillement et 60 euros pour la santé. Telle est la réalité du quotidien vécu par nos concitoyens.

Pourtant, aujourd’hui, vivre au Smic signifie vivre avec 1 203 euros par mois. Nous proposons donc de fixer le Smic à 1 800 euros brut, soit près de 1 400 euros net afin de se rapprocher ainsi du niveau de vie décent.

Les employeurs y prendraient toute leur part.

Deuxièmement : Le Smic est un salaire de croissance : l’augmenter, c’est permettre la participation au développement économique de la nation.

Or, depuis son arrivée aux responsabilités, le gouvernement s’est refusé à revaloriser le salaire minimum. Si le Smic augmente annuellement, c’est seulement en raison de la formule d’indexation automatique légale. C’est loin d’être suffisant, car cette indexation est elle-même bridée par le fait que l’ensemble des bas salaires augmentent faiblement.

La pression exercée sur les bas salaires par le gouvernement et le patronat nous empêche de nous placer dans une dynamique de hausse des salaires. C’est pourquoi il convient de sortir de cette spirale de compression salariale. Cela est d’autant plus urgent que, rappelons-le, le Smic est pour nombre des salariés de nos petites entreprises le dernier rempart, faute de négociation collective.

Troisièmement : Augmenter le Smic, c’est augmenter le salaire socialisé, c’est-à-dire le salaire qui ouvre des droits à la retraite ou au chômage. Or, si le salaire net augmente faiblement, le salaire brut stagne, du fait des multiples exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires dont jouissent les employeurs. Nous consacrons ainsi près de 60 milliards d’euros par an à ces politiques qui ont des effets médiocres en matière d’emploi, dont 20 milliards au seul CICE, vous le savez.

Cette fuite en avant dans la baisse prétendument nécessaire du coût du travail n’est ni efficace, ni bénéfique aux travailleurs eux-mêmes car elle les maintient, comme cela a été dit, dans des trappes à bas salaires et fragilise en outre un peu plus le financement de notre modèle de protection sociale. Augmenter le Smic et les salaires, c’est donc sortir de cette spirale mortifère et accroître les droits en matière de couverture sociale.

Quatrièmement : Augmenter le Smic, c’est reconnaître le travail et la contribution du travailleur à la production de richesses, car reconnaître le travail ne peut pas passer par une allocation sociale versée par l’État et financée par l’impôt. Les salariés ne demandent pas la charité, ils demandent de pouvoir vivre dignement de leur travail. La prime d’activité est une solution de court terme à la question du pouvoir d’achat qui laisse l’État se substituer aux employeurs dans le paiement des salaires. Augmenter les salaires, c’est donc aussi responsabiliser les employeurs dans leur rôle social.

Cinquièmement et dernièrement : Augmenter le Smic et les salaires, c’est favoriser l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Enfin, 60 % des smicards sont des smicardes ! Ce seul chiffre devrait vous interpeller, vous inciter à ne plus vous en tenir aux bonnes intentions et à agir en faveur des salaires des femmes. (…)

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