Conseil municipal du 1er avril 2019 : Budget de Marseille 2019; Intervention de Jean-Marc COPPOLA

 Monsieur le Maire,

Vous voici avec la présentation de votre dernier budget de votre 4ème mandature.

Signe de longévité probablement pour vous, fardeau de l’insupportable pour une majorité de Marseillais qui n’en peut plus de vos choix politiques.

Une politique que vous avez mise depuis 24 ans, au service des promoteurs, de la finance et des majors.

Une politique qui tourne le dos à l’intérêt général, au vivre ensemble pour façonner une ville de plus en plus inégalitaire, qui craque, se fissure et s’effondre.

L’année dernière je parlais d’un besoin de changement de politique, mais aujourd’hui s’expriment de plus en plus largement une envie de changement, une urgence à tourner la page de votre système porté par vous ou par vos filleuls…

Un système pernicieux, dangereux, clientéliste, mais aujourd’hui à bout de souffle, au point qu’en tant qu’élu, vous n’avez parfois plus d’autorité sur certains personnels et que des services refusent d’exécuter des actions qui ont pourtant été votées.

Un exemple parmi d’autres, le Grand Comptoir de la Victorine dans le 3ème arrondissement. Il y a un an quasiment jour pour jour, après un incendie qui a dévasté une partie du bâtiment dans lequel résident des associations culturelles, nous avons voté à l’unanimité et en urgence 400.000 euros pour réparer. Il y a encore 3 semaines, rien n’était fait.

Nous le savons très bien qu’une collectivité ne réalise jamais un budget à 100 %, pour autant, combien d’actions urgentes, comme celle que je viens de citer, sont passées à la trappe dans les 122 M€ du budget 2018 qui n’ont pas été dépensés ?

Je ne parle même pas d’actions que vous n’aviez pas budgétées comme la lutte contre l’habitat indigne, qui vous a fait passer du laxisme à une inflation d’arrêtés de péril imminent au point que certains ne sont pas justifiés, sauf pour ce qui peut s’apparenter à un règlement de compte politique, comme pour le local de la Madrague de Montredon. Telle est votre doctrine, si l’on s’oppose à vous et à votre politique, alors vous prenez des mesures de rétorsion.

Et si, comme l’a dit le Maire de Secteur du 6/8, il n’y a aucune représailles particulières, alors c’est de l’incompétence notoire, à l’instar des erreurs relevées dans les arrêtés de péril imminent.

C’est ainsi que vous participez à donner une piètre image de la politique et à esquinter la démocratie.

Je dis bien « esquinter la démocratie », car comment interpréter que vous cherchiez à passer en force sur le projet de clinique dans le 12ème arrondissement, après une enquête publique qui a vu des centaines de requêtes individuelles et collectives et un avis négatif du commissaire enquêteur ? Que cache cette obstination ?

Ferez-vous de même avec le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUI) qui dessine pour les 10 années à venir la même politique urbaine que celle que vous avez mise en œuvre depuis plus de 20 ans ?

Je ne vais pas ici décrire la trop longue liste des méfaits de ces choix, chacune et chacun peut l’illustrer.

Je vais par contre m’évertuer à montrer au travers de votre projet de budget en quoi Marseille et les Marseillais ont besoin d’un changement profond de choix et de pratique politiques.

Un changement pour que l’action publique regagne le terrain que vous lui avez fait perdre au profit du privé.

Un changement pour en finir avec l’ignorance et le mépris.

Pour en finir avec la ségrégation sociale et territoriale.

Pour en finir avec l’exclusion et la paupérisation.

Pour en finir avec l’insuffisance de logements accessibles à tous et leur concentration dans quelques arrondissements.

Pour en finir avec des écoles qui ne respectent ni les adultes ni les enfants.

Pour en finir avec une ville inaccessible pour qui n’est pas valide, alerte pour ne pas dire sportif de haut niveau.

Pour en finir avec les commerces de détail qui disparaissent, avec les services publics qui s’éloignent doucement des habitants qui en ont le plus besoin.

Pour en finir avec la rareté de l’emploi qui génère une économie de bazar.

Pour en finir avec les privilèges pour vos ami-e-s, élu-e-s en particulier.

Pour que les atouts de notre belle et historique cité puissent profiter à toutes et à tous.

Je ne sais s’il s’agit de résilience ou d’auto flagellation de votre part, mais vous avez raison d’insister sur le drame du 5 novembre 2018 dans certains de vos rapports présentés ce matin à propos du logement, ou encore pour un diagnostic dans les écoles.

Car en effet cette date, cette tragédie sont devenues le révélateur de ce que nous dénonçons depuis des années. Mais surtout, elles ont permis une prise de conscience et un engagement citoyen comme rarement nous l’avons connu.

Nombreux sont les Marseillais à vouloir reconstruire leur ville abîmée, vendue, en donnant un contenu à la solidarité et un sens à la fraternité, deux valeurs que vous avez souillées dans vos actes.

Des actes que nous pouvons encore lire dans votre projet de budget qui est dans le droit fil des précédents.

Aucune inflexion n’est à noter dans les 1,5 milliard d’euros pour les actions municipales. Pas même un affichage montrant que vous auriez entendu les inquiétudes et les interrogations sur l’état du bâti des habitations, des écoles et plus largement des équipements publics.

Certes vous prévoyez une augmentation de dépenses liées aux immeubles sinistrés de 6,5 M€ pour arriver à 11 M€, mais qu’avez-vous réellement consommé sur les 4,5M€ de 2018 ?

Aujourd’hui la métropole vient à la rescousse. Le 28 février dernier, la commune de Marseille lui a même confié ses attributions pour la réalisation des relogements et des travaux d’office prescrits dans le cadre des arrêtés de police de l’habitat. Quel terrible constat d’échec du Maire de Marseille et Président de la Métropole jusqu’en 2018 en responsabilité de la lutte contre l’habitat indigne !

Concernant l’éducation et les écoles, le budget est en régression de 3 %. Vous n’affichez même pas une forte volonté d’investir dans les écoles. Seul acte positif  dans les rapports présentés ce matin, une délibération pour établir un diagnostic écoles. Une action que vous auriez dû réaliser la première année de votre premier mandat, c’est à dire en 1995.

J’ai la faiblesse de penser que cette avancée est à mettre à l’actif de la mobilisation citoyenne qui a démontré la perversité de votre plan pour 10 % des écoles livrées au privé et payées par les contribuables marseillais pendant 25 ans.

Ainsi aujourd’hui, vous laissez un piteux héritage au niveau des murs, au moment où le ministre de l’Education veut bâtir une école profondément inégalitaire, individualiste, utilitariste, au service des puissances de l’argent.

Quant à la culture, le budget est en augmentation. Mais pour qui ? Le théâtre de Lenche absorbé par celui de la Joliette, les Bernardines par le Gymnase, la Gare Franche par le Merlan comme hier le Gyptis par la Friche, ce sont autant de lieux de création marseillaise qui ont disparu…et je n’évoque que très brièvement, les engagements que vous ne tenez pas comme ceux vis-à-vis du théâtre de la Comédie que le Diocèse de Marseille a décidé de tuer.

Dans le même temps vous allouez 3 M€ à Manifesta, une manifestation culturelle internationale qui ne lance aucun appel à projets auprès de nos artistes. Vous l’installez sur la Canebière, mais Manifesta ne traduit même pas son site en Français. Savez-vous qu’il y a des artistes à Marseille ? Apparemment vous n’y croyez pas.

Les 13 ateliers – 13 seulement pour notre ville – ont été attribués pour deux ans à des artistes représentés par des galeries internationales. Comme en 2013 vous espérez redorer le blason de la ville avec la culture. Mais la culture, ce n’est pas une affaire de communication !

Vous vous devez de soutenir la création marseillaise, les artistes qui vivent ici, et les pratiques culturelles des habitants, et pas seulement des acheteurs d’art que vous espérez attirer.

Car pendant que vos services préparent Manifesta, l’Alcazar est en grève tous les samedis, et les musées ferment leurs salles, faute de personnel…

Notre conception de la culture est qu’elle doit être à tous : la lecture publique et les musées municipaux étant les missions premières d’une politique culturelle municipale.

Aujourd’hui plus rien n’est en ordre de marche, on ne peut plus ouvrir les portes. Pire, on interdit l’espace public, on mure la Plaine parce qu’il y a des forains, des carnavals, de la musique le soir, un sens de la fête et du commun.

C’est cela, la culture marseillaise, et pas vos murs de protection, qui sont le plus le symbole d’une équipe assiégée que sereine et confiante.

Ainsi vous gardez un haut niveau d’intervention sur les dispositifs sécuritaires, sans que les Marseillais aient le sentiment d’être en sécurité. Par contre ils sentent parfaitement le niveau de racket de vos systèmes privés de verbalisation et de confiscation de leurs espaces de vie.

Concernant les dotations, impôts et taxes, je note une diminution de 20 % du Fonds de Compensation pour la Taxe sur la Valeur Ajoutée, (FCTVA), sans que vous n’apportiez d’explication. Or cette dotation est un mécanisme de récupération de la TVA lorsqu’on réalise des dépenses d’entretien du patrimoine. Cela signifierait-il que malgré les évènements tragiques, vous continuez de diminuer les dépenses d’entretien des bâtiments publics ?

A propos de la dette, si je relève que vous êtes dans une logique de désendettement – 169 M€ pour 2019 -, il n’en demeure pas moins que la capacité de désendettement est encore de 16 années ce qui signifie en terme de gestion financière dans une situation critique et une dette moyenne de 1931 euros par habitant soit plus du double qu’à Lyon.

Vous vous félicitez d’un remboursement annuel de la dette « grâce au soutien renouvelé du Conseil départemental des Bouches du Rhône ». En d’autres termes le département finance le désendettement de Marseille au détriment des compétences et des urgences départementales comme les collèges et l’action sociale.

Sur l’emprunt, vu le déficit d’investissement couvert par la reprise du résultat cumulé 2018, pourquoi n’avez-vous pas attendu quelques mois pour souscrire les 49 M€ d’emprunt ?

Au sujet de l’amortissement in fine de l’emprunt obligataire de 150 M€, il porte bien son nom, puisqu’ il  s’amortira en 2022-2024. Mais avec ce lissage et ce remboursement, on peut se poser la question du profil de la dette en 2022 et au cours des années suivantes ?

De même, vous avez choisi de contracter des emprunts à taux fixes, ce qui veut dire par définition qu’ils sont figés, ce qui conduit à payer des charges d’intérêts lourdes quelque soit le niveau bas du marché bancaire.

Il aurait mieux valu renégocier la dette sur du taux variable auprès des établissements bancaires, ce qui permettrait d’intervenir de manière plus active sur l’habitat indigne et les écoles.

Une fois de plus, vous montrez que vous attachez plus d’importance à la finance qu’aux préoccupations des Marseillais.

En conclusion de ces critiques, parce que nous sommes déterminés à répondre aux attentes et aux urgences des Marseillais, particulièrement ceux qui souffrent, et parce que Marseille, aujourd’hui, mérite un vrai plan national d’intervention urgente, Monsieur le Maire, je vous propose de mener une bataille politique pour l’effacement de tout ou partie de la dette, en négociant avec les banques, avec le gouvernement, avec Bercy, plutôt que de solliciter des subventions aux taux les plus élevés possibles auprès de l’Etat, selon votre propre expression.

Je vous propose que dès demain, par un courrier, vous sollicitiez une entrevue avec le 1er Ministre pour exposer la situation exceptionnelle de notre ville.

 Ce serait un premier acte fort que peut décider le Conseil municipal ce matin.

Je me mets même à votre disposition pour y contribuer ou y participer.

 Nous attendons vos réponses, avant de nous prononcer sur notre vote, mais je doute, même un 1er avril, que vous changerez fondamentalement votre projet de budget.

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