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J-10 : Le livre Rêver MARSEILLE, Pour un autre développement sur le pas de la porte des libraires

Présentation du Livre : 9782356981196_argu

Lu sur  ELECTRE (diffuseur) : Des réflexions pour mettre en place un projet de développement écologique et durable à Marseille dans les domaines de l’eau, de la mobilité et de la culture. L’auteur invite les citoyens et les acteurs des secteurs à se regrouper. Il propose notamment de remunicipaliser la gestion de l’eau, de diversifier les transports urbains et présente son projet d’un Musée de la mer à l’échelle du territoire. ©Electre 2018

DISPARITION DU DÉPARTEMENT : coup fatal pour la démocratie sociale

L’organisation territoriale n’est pas neutre, elle résulte d’une histoire et répond à des objectifs politiques. Le triptyque
commune-département-État hérité de la Révolution française visait en premier lieu l’administration de la vie collective des
citoyen-ne-s dans la proximité et dans l’égalité des territoires, rompant avec l’Ancien Régime et son organisation à
géométrie variable.
Depuis les grandes lois de décentralisation de 1982, la volonté de démocratiser la gestion des affaires locales a prévalu.
Puis, les grandes réformes territoriales menées à partir de 2009, à l’issue desquelles la Métropole Aix-Marseille-Provence a été imposée à la population des Bouches-du-Rhône, marquent une rupture. Créée le 1er janvier 2016, contre l’avis de 109 maires sur les 119 que comptent les Bouches-du-Rhône, sans concertation avec la population, la Métropole est aujourd’hui confrontée à d’importantes difficultés de fonctionnement liées à une dette écrasante et à l’éloignement toujours plus grand des citoyen-ne-s, accentuées par une baisse des dotations de l’Etat. Read more >>

INVITATION Le film « 1336 jours, des hauts, débats, mais debout »

DIFFUSION – DEBAT – APERITIF
En présence de Claude HIRSCH, réalisateur du film
LUNDI 26 MARS 2018 à 18h00
Agora Guy Hermier – angle Chateaubriand – S. Tobelem – 13007
P.A.F. : 8 € avec une boîte de thé ou d’infusion
Inscription/renseignements : pcfmarseille7@gmail.com
Continuité du film Pot de thé, POT DE FER, la suite de la lutte des Fralib, depuis septembre 2011, l’annonce de l’occupation de l’usine jusqu’à juillet 2014, la fin du conflit.
Lutte victorieuse contre la multinationale Unilever qui veut fermer cette usine de conditionnement de thés et infusions située à 10 km de Marseille.
La lutte débouchera sur la mise en place d’une SCOP qui, dans ce cadre collectif, poursuivra et relancera la production…
Le film aborde différents aspects de la lutte par le point de vue de ses protagonistes : les aspects juridiques, les menées provocatrices d’Unilever, l’organisation de l’occupation, les actions de lutte et de solidarité multiples durant ce long conflit,…
Et donne corps et voix à cette ténacité ouvrière qui a permis la victoire finale…

Manifestations et débats pour le 8 mars : Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Au début du XXe siècle, des femmes de tous pays s’unissent pour défendre leurs droits.

L’origine de cette journée s’ancre dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe et le monde occidental, au début du XXe siècle.

La création d’une « Journée internationale des femmes » est proposée pour la première fois en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, par Clara Zetkin, et s’inscrit alors dans une perspective révolutionnaire.

La date n’est tout d’abord pas fixée, et ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint Pétersbourg, que la tradition du 8 mars se met en place. Après 1945, la Journée internationale des femmes devient une journée d’action dans le monde entier.

7 Mar
2018

Essai : REGARD SUR LES ÉLECTIONS EN ITALIE, par Bernard Lamizet

Assemblée générale de la section de Marseille (7ème)

 Les élections législatives qui viennent de se dérouler en Italie ont désigné un Parlement dominé par le mouvement « Cinq étoiles », fondé par B. Grillo et aujourd’hui dirigé par L. Di Maio. Il peut être intéressant de se pencher sur les résultats de ces élections, à la fois parce que l’Italie est proche de nous et parce que ces résultats peuvent donner des indications utiles sur la situation politique de la France.

 Succès des partis « anti-système »

Les partis qui ont remporté ces élections sont les partis que l’on appelle les partis « anti-système », et, d’abord, le Mouvement Cinq Étoiles, qui remporte 228 sièges sur 630 à la Chambre des Députés et 114 sièges sur 315 au Sénat apparaît comme le grand vainqueur de ces élections même s’il n’a pas la possibilité de gouverner seul et s’il va lui falloir former une « coalition » – sur le modèle de ce qui se fait en Allemagne. Ce mouvement avait été fondé en 2009 par un humoriste, Beppe Grillo, dans une logique de dénonciation des erreurs et des impasses des partis traditionnels et dans une perspective populiste, qui n’était pas celle du pouvoir. Quant à la Ligue, issue de la Ligue du Nord, elle obtient 124 sièges sur 630 à la Chambre des députés et 57 sièges sur 315 au Sénat. Il s’agit d’un parti qui avait été fondé par U. Bossi sous le nom de « Ligue du Nord », pour manifester une opposition aux régions du Sud de l’Italie, moins industrialisées que le Nord, dans la perspective d’une critique des logiques constitutives de l’État en Italie.

Les partis populistes ont ainsi remporté les élections, qui manifestent une forme de rejet des partis traditionnels. Ce rejet peut s’expliquer de trois façons. D’une part, il s’agit d’une forme de rejet des identités et des engagements politiques classiques qui se voient reprocher leur incapacité globale à juguler la crise économique qui frappe l’Italie. À cet égard, le rejet des partis classiques exprime la recherche de nouvelles figures et de nouvelles identités politiques. Par ailleurs, on peut comprendre ce rejet populiste des partis classiques comme un rejet des politiques de coalition. C’est toute l’ambiguïté des engagements des partis classiques qui est, sans doute, ainsi, rejetée par les électeurs italiens, un peu sur le modèle de l’opposition sur laquelle avait, en partie, reposé la montée du Front national en France : la montée de J.-M. Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avait cette signification du rejet de ce qui pouvait semblé une coopération entre la gauche et la droite dans le gouvernement formé par L. Jospin sous la présidence de J. Chirac. Enfin, ce rejet du Parti démocrate et du parti de S. Belusconi, « Forza Italia », a peut-être la signification d’un rejet des formes et des pratiques politiques classiques et de la recherche d’une façon différente de faire de la politique. C’est bien la sur recherche de nouvelles identités et de nouveaux engagements que s’est fondée la montée du mouvement de B. Grillo, même s’il est, aujourd’hui, dirigé par une personnalité comme celle de L. Di Maio, sans doute plus proche des modèles conventionnels de la politique. L’échec des politiques précédentes contre le chômage, en particulier, peut expliquer que la jeunesse se soit en partie tournée vers les « Cinq Étoiles ».

  1. L’échec du Parti démocrate

Le Parti démocrate de M. Renzi a subi un échec considérable. Après cinq ans de pouvoir le Parti démocrate est dans l’incapacité de recueillir l’adhésion populaire. Cet échec peut se lire sur quatre plans. D’abord, il s’agit de l’échec de la mutation du parti qui fut le Parti communiste italien, un parti encore plus fort en Italie que le P.C.F. en France au lendemain de la deuxième guerre mondiale, qui avait pourtant tout pour gagner et pour s’imposer comme une force politique majeure de gauche, notamment par la relecture critique des engagements communistes. Sans doute est-ce, au moins, en partie, la transformation de ce parti qui alla jusqu’à abandonner le communisme dans son nom pour choisir, en 1991, un nom proche de celui des Démocrates aux Etats-Unis qui a été sanctionnée par les électeurs. Par ailleurs, le rejet du projet politique de M. Renzi, une forme de rejet de la social-démocratie réformiste, rejoint, en Italie, le rejet du S.P.D. en Allemagne : dans ces deux pays, c’est la social-démocratie qui ne trouve pas d’adhésion populaire. En ce sens, il importe de faire le lien avec le rejet de L. Jospin en 2002, qui fut, lui aussi, le rejet du projet social-démocrate en France. Une troisième façon de lire l’échec du Parti démocrate en Italie est la question de l’Union européenne : sans doute ce qui s’exprime dans l’adhésion aux partis « anti-système » et dans le rejet du Parti démocrate est-il le rejet des partis qui, comme le P.S. en France, se sont engagés dans une adhésion excessive à l’Union européenne, à son projet politique, à son mode de gouvernance et au risque de l’effacement des cultures et des identités nationales qu’implique l’européanisation. Enfin, l’échec du Parti démocrate, en Italie, a une autre signification : celle du rejet des acteurs et des personnalités politiques qui dominent la scène politique et l’actualité de ce pays : c’est toute un discours, tout une conception de l’image des acteurs politiques, qui font ainsi l’objet d’un rejet de la part des électeurs, ce qui devrait engager, justement, la politique italienne à imaginer de nouvelles formes de discours et de représentations.

  1. Autres significations politiques du résultat des élections en Italie

 On peut analyser sur d’autres plans le résultat des élections en Italie.

 Il s’agit, d’abord, du rejet des partis et des clivages traditionnels de la politique italienne, en particulier des logiques dominant, aujourd’hui, le clivage entre la gauche et la droite, ce qui fait dire à un chercheur italien que le champ politique italien se structure désormais selon d’autres clivages. La critique de l’opposition, classique en politique, entre la gauche et la droite revêt trois significations qu’il peut être intéressant de relire aujourd’hui, à la lumière du résultat des élections législatives italiennes. D’abord, il s’agit d’un rejet du principe même de l’opposition comme fondateur de la vie politique : en rejetant le clivage entre la gauche et la droite, la droite a toujours cherché à se poser une identité politique dominante, au-delà des clivages et des oppositions. Par ailleurs, il s’agit, et c’est sans doute le sens qu’il convient de donner au changement d’appellation du P.C.I. devenant le Parti démocrate, du rejet du passé du communisme. Au lieu de s’engager dans une lecture critique de l’histoire du mouvement communiste et de chercher à expliquer la confusion qui a pu s’établir entre les logiques d’État et l’engagement communiste notamment dans les « pays de l’Est » en Europe ou dans les pays comme la Chine, l’opinion – y compris l’opinion de gauche – a rejeté globalement l’engagement communiste. Enfin, le rejet du Parti démocrate manifeste, aujourd’hui, en Italie, le rejet, y compris de la part de la gauche, d’une forme d’ambiguïté ou d’affaiblissement dans l’engagement politique de ce parti qui a fini par se couper des classes populaires en s’engageant dans un projet réformiste d’accord avec les partis traditionnels.

Il s’agit, par ailleurs, d’une recomposition géographique de la politique italienne et d’une nouvelle logique de l’opposition entre le Nord et le Sud. Cela peut notamment se comprendre par le succès rencontré par l’ancienne « Ligue du Nord » devenue « la Ligue », y compris dans les régions du Sud de l’Italie. Sans doute le résultat de ces élections peut-il aussi se comprendre comme une tension de l’espace politique italien entre le Nord, plus riche et plus industrialisé, et le Sud victime des mutations de la vie économique internationale. Il s’agit, en quelque sorte, de ce qu’Elena Musiani appelle[1] « l’éclipse d’une nation ». C’est finalement l’échec de l’unification de l’Italie qui est marqué par le résultat de ces élections, en raison de son incapacité à assurer un développement économique égal à toutes les régions de l’Italie et à mettre fin aux inégalités sociales dominant ce pays. 

  1. Le rejet de l’Europe

Le résultat de ces élections peut aussi se lire comme la manifestation d’un rejet de l’Union européenne et de l’engagement européen des partis traditionnels italiens. Si l’Italie fut l’un des pays fondateurs de ce qui allait devenir l’Union européenne, avec la France, l’Allemagne, et le Benelux, c’est justement cette adhésion au projet d’une politique commune de l’énergie (C.E.C.A. en 1951 et Euratom en 1957) et d’un « marché commun » (Traité de Rome en 1957) qui fait l’objet d’un rejet exprimé par le résultat des élections italiennes. En effet, l’institution de l’Union européenne n’a permis de répondre à aucune des crises de l’économique qu’ont connues les pays qui en sont membres, en particulier le chômage, elle n’a pas permis à la politique de retrouver ses droits et ses pouvoirs dans le domaine de l’économie en raison de la domination de la culture libérale. Dans ces conditions, sans doute faut-il de donner au résultat des élections italiennes une signification forte par rapport à l’Union européenne et à ce que l’on peut appeler l’européanisation de la vie politique et la perte de souveraineté des pays membres de l’U.E.

À propos de l’Italie, ce rejet de l’identité européenne est d’autant plus fort qu’il s’agit d’un pays dont la culture politique est ancienne et dont l’identité nationale s’inscrit dans un passé lointain, dans ce que F. Braudel appelle un « temps long », en quelque sorte dénié par l’appartenance à l’Union européenne, globalement réduite aux engagements libéraux du « marché commun » et de ses contraintes et à l’éloignement toujours plus important des pouvoirs par rapport aux citoyens, allant jusqu’à leur invisibilisation et à une forme de dématérialisation, de désincarnation.

[1] Le Monde, 6 03 2018.