(3) Déambulations Automnales 2019 : San Marino

Saint-Marin, en forme longue la sérénissime république de Saint-Marin ou république de Saint-Marin (en italien : San Marino ou Serenissima Repubblica di San Marino ou Repubblica di San Marino), est un micro-État européen enclavé à l’intérieur de l’Italie. Il est le troisième plus petit État d’Europe après le Vatican et Monaco, et le cinquième au monde après ces deux mêmes États ainsi que de Nauru et des Tuvalu. C’est aussi la plus ancienne république au monde existante de manière continue jusqu’à aujourd’hui, avec un système constitutionnel qui remonte au XVIe siècle2.
Enclavé à l’intérieur de l’Italie entre l’Émilie-Romagne et les Marches, en février 2015 le pays comptait 32 793 habitants dont 5 042 étrangers1. Il y a 12 973 Saint-Marinais résidant à l’étranger3. La République fait partie intégrante de la région historique du Montefeltro.

Le pays a la particularité d’avoir été le premier pays d’Europe de l’Ouest à avoir un gouvernement communiste : entre 1945 et 1957, le Parti communiste saint-marinais gouverna en coalition avec le Parti socialiste saint-marinais. Saint-Marin est ainsi le premier pays au monde dans lequel un parti communiste est arrivé au pouvoir à la suite d’élections libres. Une nouvelle coalition dominée par les communistes – alliés cette fois à un autre parti socialiste minoritaire – gouverna entre 1978 et 1986, date à laquelle les communistes constituèrent un gouvernement avec leurs adversaires traditionnels du Parti démocrate-chrétien saint-marinais, les démocrates-chrétiens étant cette fois majoritaires. En 1990, le Parti communiste, imitant le Parti communiste italien, abandonna l’idéologie marxiste-léniniste et se rebaptisa le « Parti progressiste démocrate ».  Saint-Marin est devenu en 1988 un membre du Conseil de l’Europe et a adhéré en 1992 à l’Organisation des Nations Unies.

Histoire : 

Selon la légende locale, vers l’an 300 un modeste tailleur de pierres nommé Marinus aurait quitté son île natale d’Arborea en Dalmatie pour s’installer dans la ville de Rimini en tant que maçon. Avant même que la grande vague de persécutions contre les chrétiens lancée par l’empereur Dioclétien en 303 n’ait commencé, le pieux Marinus prit la fuite et se réfugia sur le mont Titano situé à proximité4. Un nombre grandissant de persécutés vinrent le rejoindre et établirent ainsi sur le Titano une communauté chrétienne. La date officielle de naissance de cette communauté est aujourd’hui conventionnellement fixée au 3 septembre 301.
En 313, à la suite de l’édit de tolérance de Constantin et de la fin des persécutions, Marinus fut ordonné diacre par l’évêque de Rimini. Une patricienne romaine convertie au christianisme du nom de Donna Felicissima lui fit par ailleurs don du mont Titano, dont elle détenait jusque-là la propriété.
L’établissement définitif de la communauté de Saint-Marin est symbolisé par la mort de son fondateur à l’automne de l’an 366, et surtout par ses derniers mots : « Relinquo vos liberos ab utroque homine. » (« Je vous laisse libres des autres hommes »).
Vers l’an 1200, l’accroissement continuel de la population avait fini par rendre nécessaire une expansion territoriale et l’achat de châteaux voisins et de leurs dépendances fut effectué à deux reprises. Peu de temps auparavant, Saint-Marin était devenue une cité-république à part entière dotée de son propre code juridique. Le plus ancien des codes ayant pu être conservé date de l’an 1295. Au cours des trois siècles suivants, les lois saint-marinaises furent constamment précisées et mises à jour dans de nouvelles versions : le sixième et dernier code, publié le 21 septembre 1600, est constitué de pas moins de six tomes et de 314 rubriques5,6.
Dès cette époque, la république comptait pour sa protection sur une armée parfaitement formée et organisée dans laquelle tout homme âgé de 14 à 60 ans était susceptible de servir en cas de conflit. À partir de 1243, la coutume fut prise d’élire deux capitaines-régents à la tête de la cité pour un mandat de six mois, une pratique encore en usage aujourd’hui7.

Le Rocca o Guaita, un des châteaux de Saint-Marin.
La deuxième moitié du XIIIe siècle fut une période difficile pour la cité. La république de Rimini, d’obédience guelfe et alors sous la domination de la famille Malatesta, tenta de prendre le contrôle de Saint-Marin : seule une alliance contractée avec le gibelin comte d’Urbin Guy Ier de Montefeltro, puis son fils Frédéric Ier, permit de contrecarrer ce projet au bout de plusieurs années de combats qui ne s’achevèrent qu’en 1299. Cette victoire ne mit cependant pas un terme aux tentatives d’annexion visant la ville. Dès 1291, un ecclésiastique nommé Teodorico tenta de soumettre les Saint-Marinais au pape et à l’impôt : une longue dispute juridique s’ensuivit et fut résolue par un célèbre homme de droit et érudit originaire de Rimini, Palamède, qui trancha en faveur de Saint-Marin. À peine cinq ans plus tard en 1296, ce fut la famille Feretrani qui tenta de revendiquer ce territoire mais sans succès : un nouveau jugement de Palamède, communiqué par ailleurs au pape Boniface VIII, établit cette fois clairement la souveraineté pleine et entière des Saint-Marinais.[réf. nécessaire]
Le conflit séculaire opposant la petite république à la famille Malatesta se termina en 1463 par la victoire de Saint-Marin, à l’issue de laquelle le pape Pie II attribua à la République les trois seigneuries de Fiorentino, Montegiardino et Serravalle. L’année suivante, la seigneurie voisine de Faetano fut volontaire pour intégrer à son tour la communauté saint-marinaise : cet épisode constitue à la fois la dernière guerre et la dernière expansion territoriale de Saint-Marin. César Borgia, le célèbre duc de Valentinois et fils du pape Alexandre VI, a certes envahi Saint-Marin en 1503 pour y imposer sa domination autoritaire. Néanmoins cette occupation fut de courte durée : l’armée de Borgia fut anéantie lors d’une révolte du duché d’Urbin à laquelle participèrent d’ailleurs quelques Saint-Marinais. La République abrita une petite communauté juive8, forte d’une cinquantaine de personnes, jusqu’à la fin des années 16709. La communauté était organisée autour du banquier, qui favorisait la venue d’autres Juifs, commerçants, orfèvres ou encore merciers. Si la petite communauté était concentrée dans une rue, la « Contrada Santa Croce» surnommée aujourd’hui encore le « ghetto»10, les Juifs de Saint-Marin, au contraire de leurs coreligionnaires des Marches, ne furent jamais reclus dans un ghetto.
Une nouvelle invasion du territoire fut l’occasion de ressusciter la fierté nationale des Saint-Marinais : le 17 octobre 1739, le cardinal Giulio Alberoni, légat du pape en Romagne, s’attaqua à la République. Alberoni agissait ainsi pour son compte personnel et non par ordre du pape, et c’est vers ce dernier que Saint-Marin se tourna. Clément XII envoya sur place le cardinal Enrico Enriquez pour lui rendre compte de la situation. Sur la base des indications fournies par ce dernier, le pape enjoignit immédiatement au cardinal Alberoni de libérer Saint-Marin : le 5 février 1740, moins de six mois après l’invasion, la République retrouva ainsi sa liberté.
Lorsqu’à partir de 1796, Napoléon Bonaparte assura sa domination à travers toute l’Italie en y fondant plusieurs États-satellites (République romaine à Rome, République parthénopéenne à Naples, etc.), Saint-Marin s’empressa de conclure des accords commerciaux avec ces nouvelles entités politiques, manifestant ainsi son alliance avec Bonaparte.

Giuseppe Garibaldi a trouvé refuge à Saint-Marin, dont il a obtenu la citoyenneté.
Bonaparte, au cours de la campagne d’Italie, aurait donné l’ordre à ses troupes de s’arrêter aux frontières de Saint-Marin et de ne pas les franchir — le futur empereur était un grand admirateur de ce petit État qui n’avait jamais fait acte de soumission à quiconque. Il avait été conquis par les idéaux de liberté et d’humanité célébrés dans les institutions de Saint-Marin et a témoigné de sa valeur culturelle dans une lettre à Gaspard Monge, scientifique et commissaire du gouvernement français pour les sciences et les arts qui était à l’époque en poste en Italie11. En guise d’hommage, il voulut même offrir à Saint-Marin deux canons, plusieurs chariots de céréales et surtout une expansion territoriale jusqu’à la mer. La perspective d’étendre leur territoire et de s’imposer aux yeux des autres nations fut déclinée : la communauté avait en effet parfaitement conscience qu’il leur aurait été par la suite impossible de vivre en harmonie avec leurs voisins et seuls les chariots de victuailles, peu compromettants, trouvèrent grâce à leurs yeux.
Pendant toute la période dite du Risorgimento au cours de laquelle les mouvements révolutionnaires se multiplièrent en Italie, Saint-Marin servit de terre d’asile à de nombreux exilés. Après la répression des révolutions de 1848/49, Giuseppe Garibaldi y trouva par exemple refuge avant de recevoir la citoyenneté saint-marinaise en 1861.
Dès le 22 mars 1862, un traité d’amitié et de coopération fut conclu entre Saint-Marin et le nouveau Royaume d’Italie, les deux États y étant considérés sur un pied d’égalité. La convention fut renouvelée le 27 mars 1872.

La neutralité de Saint-Marin pendant la Seconde Guerre mondiale.
Après l’accession au pouvoir le 1er avril 1923 des deux premiers capitaines-régents d’idéologie fasciste, le Parti fasciste saint-marinais (Partito Fascista Sammarinese) remporta la majorité absolue des sièges lors des élections du 4 avril. Par la suite et malgré sa collaboration affichée avec le dictateur Benito Mussolini, la République ne fournit aucun soldat aux forces armées italiennes. Par ailleurs, la traditionnelle neutralité du petit État conduisit le gouvernement fasciste de Saint-Marin à ne pas s’engager officiellement dans la Seconde Guerre mondiale. Le 28 juillet 1943 vit finalement la dissolution du Parti fasciste saint-marinais, trois jours après le renversement de Mussolini. Le petit État accueillit par la suite près de 100 000 réfugiés fuyant les combats plus au sud.
Après avoir chassé les troupes allemandes de la région, les États-Unis s’installèrent à Saint-Marin à titre provisoire jusqu’en novembre 1944, notamment pour aider au rapatriement des nombreux réfugiés qui s’y trouvaient.

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